13/07/2010
Injures en M,...de Jacqueline D.
Manchot !
Misérable crevard !
Malabar mal dégrossi !
Margoulin !
Monte en l’air !
Mangrove gluante !
Morue !
Musaraigne !
Mule du pape !
Mufle !
Merdeux !
Mou de la caboche !
Mouton de Panurge !
Mentor d’opérette !
Mirliton tordu !
Mensonge ambulant !
Mante religieuse !
Montagnard en pantoufles !
Morte saison !
Miasme putride !
Macaron avarié !
Magnifique crachat puant !
Moufle sans pouce !
19:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/06/2010
ROSA, une biographie imaginaire…d’Anne S.
Elle savourait d’être un peu seule dans la maison. Son mari et son fils, Raymond, étaient partis labourer le champ de la Croix de Cluzel, au petit matin. C’était un beau jour du début de l’automne. Elle devait préparer le pain pour la semaine. Elle décrocha son tablier du 2ème clou à gauche de la poutre. Elle dilua le levain dans un peu d’eau tiède, elle mesura, mélangea farine, sel, levain et commença à pétrir la pâte dans le pétrin avec l’eau fraîchement tirée du puits.
Depuis son mariage en 1924, elle avait quitté la maison familiale, proche de l’atelier paternel de menuisier, pour cette ferme isolée en haut de la colline, elle avait troqué l’odeur savoureuse du bois blond fraîchement scié pour celle autrement plus forte des bêtes de la ferme : moutons, poules et lapins, cochons dans leur soue. Les tâches étaient nombreuses et fatigantes. Mais elle aimait être son maître pour décider quel jour elle ferait le fromage, le pain, quelle semaine elle planterait les légumes dans le potager ; quelles fleurs aussi, cosmos, glaïeuls, rudbeckia, balsamines, pousseraient au milieu des salades et des asperges. S’il y avait des pommes de terre et des artichauds, il y avait aussi un rosier à fleurs pourpres chiffonnées qui sentaient merveilleusement bon. Et elle n’était pas la dernière pour organiser la fête des moissons en faisant table ouverte pour tous les voisins ce jour là.
Les bras jusqu’au coude dans le pâton, elle mettait toute sa force à brasser les ingrédients avec dextérité , son dos commençait à la faire souffrir, elle s’en occuperait après.
Soudain, elle entend le chien aboyer, un bruit de pas traînant dans la cour, une toux grasse, et une voix, : « il y a quelqu’un ? » Les mains pleines de farine, elle se dégage de la pâte qui colle. Un homme s’encadre dans la porte, à contre jour, menaçant, : un vagabond, un trainard comme on dit ici. A bien regarder, un pantalon délavé en tire bouchon, une veste graisseuse, une tignasse en broussaille et une barbe de 8 jours font reculer le chien qui, la queue entre les jambes, s’enfile sous la table. Il ne faut pas compter sur lui. Les hommes sont loin. Elle court dans la chambre, décroche le fusil derrière la porte, l’arme et revenant à l’entrée tire un coup en l’air en criant : « va-t-en ou gare ». Et met l’homme en joue. Devant son air décidé, il n’insiste pas, s’en va en grommelant des insultes et descend le pré.
Courageuse, dure à la tâche, elle l’était, et aussi bonne conteuse pendant les veillées d’hiver où on mangeait des châtaignes avec les voisins au plus près du feu. Elle enjolivait l’histoire avec des détails de plus en plus précis : l’homme avait maintenant un couteau dans sa ceinture, une moustache, des galoches sans lacets, un accent d’étranger du nord, une musette en bandoulière. Et on ne l’avait jamais revu dans le coin, il avait du passer de l’autre côté de la vallée.
La réputation de Rosa avait fait le tour du canton et on la respectait. On lui demandait son avis pour les petites choses du quotidien et les autres. Même les hommes en tenaient compte. Pendant la guerre 40, les Allemands n’ont pas osé s’y frotter et ne sont même pas montés jusqu’à la ferme pour réquisitionner son fusil.
Bien après, quand elle a voulu payer une voiture à son petit fils, Bernard , le fils de Raymond, elle a vendu à un brocanteur de passage sa belle armoire de mariage en noyer, y a ajouté ses économies sou par sou, et a été fière de le voir partir, le samedi soir, dans son beau costume du dimanche, les joues luisantes, rasé de frais, la raie bien droite dans ses cheveux plaqués, pour la fête d’un village voisin. Jusqu’au jour ou plutôt , une nuit, vers 3h du matin, les chiens aboient, des phares éclairent la cour, on frappe à la porte, encore et encore, réveillant toute la maisonnée. « Est-ce que Bernard est là ? » « Non, où est-il ? » « Il était devant nous, on roulait vite, on sortait du bal du Truel, le long du Tarn » Un malheur était arrivé, les pompiers, arrivés trop tard, ont sorti la voiture de l’eau.
Elle s’est sentie responsable de cette mort. Sur la fin de sa vie, Rosa, très vieille et un peu folle, dans son fauteuil près de la cheminée, recommence toujours le même ouvrage, un gilet bleu passé, sale, sans forme, qu’elle tricote et détricote sans fin, en disant tout bas : « ça ne va pas lui aller, c’est trop petit, il va encore grandir »
10:14 Publié dans Biographie imaginaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10/06/2010
Biographie imaginaire…de Cécile L.
Philippe n’avait jamais été ce que l’on appelle un type bavard. Il était plutôt le genre à se faire comprendre d’un haussement d’épaule et à suivre à l’école son compère qu’il dépassait de deux têtes et de un an son cadet. Cela lui avait toujours donné un air mystérieux voire reposant et si l’on n’avait pas vu son bulletin, on aurait pu croire qu’il n’était pas très avancé. Un jour seulement, il avait eu envi de dire plus que son regard ou qu’une main tendue ne le pouvait.
Il avait toujours vécu à La Compote, il y était né dans la même étable que son frère ainé et que sa sœur après lui. Chez lui, on était savoyard et berger d’alpage de père en fils, et les femmes étaient affineuses. Ils avaient toujours vécu pour les bêtes, le pâturage et le fromage. Dans cette entreprise, ils se suffisaient à eux-mêmes. Un après-midi pourtant son frère refusa cet héritage et Philippe compris que la montagne serait toute à lui. Il n’avait jamais voulu partagé cet espace entre ciel et terre ou peut-être avec des âmes singulières comme l’était son père. Il se demandait parfois ce qu’en aurait pensé sa sœur si elle avait résisté à la couche.
C’était un rythme de vie particulier, mais c’était celui qu’il avait toujours connu : lever tôt, se contenter de choses simples, l’alpage, les bêtes, la chaleur qui remonte de la grange en hiver, le moment où les ombres vacillent quand on baisse le débit de la lampe à huile juste avant de l’éteindre, le bellement du mouton nouveau né, la douce chaleur qui regagne les orteils endoloris par le froid, le silence et l’espace.
Il avait pourtant du sacrifier par moment ces précieux instants. La vie ici n’épargne pas et l’entraide est nécessaire pour tenir les coups durs, comme l’avalanche de 1935 qui s’était abattue sur le village voisin ou quand son père est parti deux ans plus tard alors qu’ils faisaient la transhumance. Il se souvient d’avoir creusé près du gite comme il l’avait souhaité, du regard de sa mère et de son départ à elle aussi quelques années après. Elle ne serait plus jamais la même, elle était certainement morte en fait ce jour. La guerre n’avait pas tellement perturbé son rythme saisonnier. Il avait eu la chance d’être oublié ou bien personne n’avait voulu d’un type de 40 ans qui pouvait quand même nourrir la population de lait et de fromage. Les réquisitions s’étaient faites pendant la transhumance, il n’avait pas perdu trop de bêtes, il n’avait pas pu remplacer celles qui n’avaient pas tenu le voyage. Au moins leurs carcasses avaient servies à nourrir quelques résistants ou fuyards dans les sommets. Personne ne posait de question, chacun savait ce qu’il en était et repartait par son chemin. C’est tout ce qu’il avait vu de la guerre, cela lui suffisait bien. Sa montagne avait retrouvé quelques temps après ses intimes secrets dont il redevenait maitre.
A la mort de sa mère, Philippe se trouvait cette fois seul pour gérer l’ensemble du travail, il avait compté sur l’entraide un moment, puis s’était résigné à trouver un apprenti. Celui-ci lui avait demandé plusieurs fois de monter là-haut avec lui, mais il avait toujours différé ce moment car il ne l’avait jamais senti prêt jusque là. Ce matin là, il lui avait juste dit de prendre son baluchon, la veille il l’avait fait nettoyer tout le logis comme quand on va partir pour longtemps et qu’on ne veut pas que les insectes prennent possession des lieux en son absence. Guy, le voisin, surveillerait le chalet et retournerait de temps en temps les fromages de la saison précédente. Il l’avait déjà bien aidé par le passé et il avait confiance en son expérience.
Lucas, le jeune apprenti, descendrait régulièrement avec le lait de la traite. Il devait apprendre maintenant comment respecter la terre qui leur donne ses trésors, et s’occuper des bêtes dans les alpages ainsi que la maitrise du chien. Lucas en avait choisi un dans une portée de Laïca, car son pelage formait une croix sur le haut de sa tête comme un signe. Il l’avait appelé comme le sommet où il est né.
C’était tout cela maintenant que Philippe devait transmettre, en silence, par ses gestes précis et aguerris au fil des années. Il n’aurait bientôt plus la force de monter et le petit l’avait dans le regard. Cette étincelle qui ne trompe pas, cette façon de humer l’air, il ne la connaissait que trop bien. A 60 ans, il posait à nouveau le regard sur ses reliefs, ces crêtes finement dentelées, ces pointes enneigées et il sentait encore vibrer en lui chacun de ces instants précieux.
10:41 Publié dans Biographie imaginaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note